EXPOSITION DUST : LE M.D.F. ET LES CREATEURS DES ANNEES 80

EXPOSITION DUST : LE M.D.F. ET LES CREATEURS DES ANNEES 80 

16 rue Guénégaud 75006 Paris / 26 novembre 2024 - 7 décembre 2024

DUST - LE MDF ET LES DESIGNERS DES ANNEES 1980

La naissance d’un matériau inédit : le M.D.F

L’exposition DUST réunit un ensemble de pièces réalisées en partie ou entièrement à base de poussière. Une poussière originale car issue du bois, transformée pour donner naissance au M.D.F..

Ce bois artificiel voit le jour dans les années 1960 quand des chercheurs américains mettent au point le panneau de fibre moyenne densité, en anglais Medium Density Fiberboard, ou M.D.F.. Obtenu par traitement de fibres de bois, ce matériau vise à remplacer le bois dans de très nombreuses applications.

Un bois artificiel aux propriétés singulières

Le produit qui sort de l’usine est d’une couleur brun clair, ses faces sont lisses, les fibres sont distinguables, tout comme des petites taches de colle. A mi-chemin entre et le bois et le papier il réunit des apparences traditionnelles et la réalité d’une substance nouvelle. Proche du bois par ses caractéristiques techniques et mécaniques, le M.D.F. se rainure, se perce, s’assemble, se tourne, se découpe, se moule, se défonce, ou se sculpte. En revanche, il n’a pas de sens de fil, il n’éclate pas, ne gauchit pas et sa finesse et sa régularité de surface en font un excellent support pour toutes les finitions, placages, stratifiés, peintures, laques ou films p.v.c.. Ces qualités techniques et esthétiques en font la génération des bois artificiels la plus accomplie. En particulier, échappant à la contrainte du sens des fibres, il se débite facilement et affiche des caractéristiques plus remarquables que les autres panneaux de fibres.

L’arrivée du M.D.F. en Europe et ses premiers usages

Le M.D.F. arrive en Europe en 1970. Grâce à sa finesse et à sa régularité, on l’utilise d’abord comme support pour les placages, les stratifiés, ou les laques. C’est notamment l’usage qu’en fait Pierre Sala, qui réalise au début des années 1980 une série de chaises laquées, dont deux exemplaires sont ici présentés.

Les années 1980 : du matériau humble au matériau de luxe

A partir du milieu des années 1980, le M.D.F. devient plus qu’un simple support. Comme d’autres avant lui, ce matériau, à l’origine perçu comme pauvre, est mis sur le devant de la scène. Par les usages qu’ils en font, les designers le sortent de sa condition initiale pour l’élever au rang de matériau luxe.

Ce traitement du M.D.F. est consacré en 1988 par une exposition éponyme qui se tient à la Fondation Cartier, alors encore à Jouy en Josas. Cette consécration met en lumière le travail de recherche et d’expérimentation des designers. Preuve de cet intérêt, un an auparavant, François Bauchet fait le choix du M.D.F. pour une partie du mobilier des bureaux de la fondation ; notamment les tables, dont une est présentée ici. Lors de cette exposition sont montrés de nombreux autres créateurs également exposés dans la notre : le duo Fabienne Arietti et Thierry Husson, Gérard Dalmon, Christian Duc, René- Jean Caillette, Elizabeth de Portzamparc, Olivier Gagnère et Martin Szekely.

Le M.D.F. comme terrain d’expérimentation pour les designers

De nombreux designers se saisissent de ce nouveau matériau, auquel ils trouvent chacun un intérêt différent et dont ils donnent leur interprétation propre.

Les possibilités techniques qu’offre le M.D.F. sont notamment rappelées par Elizabeth de Portzamparc au sujet de son bureau 24 heures conçu grâce à un procédé de moulage : « Il donne des ailes à l’imagination ! Il permet des réalisations à  la limite de la sculpture et de l’objet fonctionnel. Tout ce que j’aime. » Au-delà de ses possibilités techniques, c’est l’aspect et la connotation « humble » du M.D.F. qui séduisent un ensemble de designers.

Techniques, esthétiques et anoblissement du matériau

Pour Martin Szekely, la matière et la couleur ne sont qu’anecdotiques, un produit de contraintes techniques et esthétiques, et il contourne l’apparente pauvreté du matériau grâce à la sophistication des finitions: plusieurs couches de vernis colorés, à la manière de la plus belle ébénisterie contemporaine. Les effets de matière et les nuances de valeur du matériau brut, accentués par le vernis, révèlent les surfaces : « Je cherche à obtenir quelque chose de visuellement fort ».

Le bois synthétique donne à Christian Duc une nouvelle occasion de se livrer à un exercice d’anoblissement de matériaux dits « industriels » : « On s’en servait comme support de laque depuis les années 60. J’avais envie de découvrir sa vraie beauté. J’ai le même intérêt pour les granits, les matériaux pauvres des années 40. »  En l’associant à des matériaux dits « nobles » tel quel le métal, il fait oublier les préjugés qui pèsent d’ordinaire sur les panneaux de particules. Une voie similaire est explorée par Elizabeth de Portzamparc.

Une diffusion large : du design à l’industrie

Le recours au M.D.F. ne se limite pas aux designers exposés à la Fondation Cartier. Starck en fait également usage, dans le cadre d’éditions telle que la bibliothèque Ray Noble diffusée par Habitat, ou pour les plateaux des tables meublant l’intérieur du célèbre café Costes.

Autour des designers, d’autres acteurs de la production se mobilisent. Les ébénistes, bien sûr, dont certains se spécialisent dans le travail du M.D.F., mais aussi et surtout les éditeurs : Neotu pour Martin Szekely, Bauchet et Dalmon, Le Via pour la chaise de René-Jean Caillette, CMB pour la commode de Christian Duc, Tracé Intérieur pour le bureau de Portzamparc, Ecart International pour Olivier Gagnère, quant à Husson et Arietti, ils ont leur propre maison d’édition appelée AH. Ainsi, ce bois artificiel s’institutionnalise.

Héritage et perspectives d’un matériau révolutionnaire

Matériau révolutionnaire, le M.D.F. a été une source d’opportunités multiples pour les créateurs qui l’ont intégré à leur univers. Il a fait d’objet de productions plus ou moins larges, allant de la commande spéciale à la production en série. S’il a connu son coup de projecteur pendant une décennie et s’il est toujours utilisé, le M.D.F. n’est pourtant plus au centre des expérimentations, tournées aujourd’hui vers de nouveaux matériaux ou même vers d’anciens matériaux réactualisés. Son utilisation accrue au cours des années 80 témoigne néanmoins de sa flexibilité et de sa polyvalence, ayant ouvert un terrain de jeu pour une génération de créateurs.